Introduction

Ces derniers mois, de nombreuses associations françaises faisant la promotion d’un agenda anti-israélien, certaines d’entre elles percevant des subventions publiques significatives, exercent un travail de pression intense auprès des élus et des plus hautes autorités de l’État afin que ces derniers écartent une « proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme ».

La Plateforme des ONG Françaises pour la Palestine, fer de lance de cette campagne de pression affirme faussement que la définition de travail de l’antisémitisme élaborée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’holocauste (IHRA) n’est autre qu’un « des outils » d’une campagne dans laquelle « les organisations de défense des droits des Palestiniens sont de plus en plus ciblées par des attaques et des tentatives d’assimiler leurs actions à de l’antisémitisme ».

Contexte

Le 3 décembre 2019, la  «  proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme » sera examinée en séance de l’Assemblée nationale française. Cette proposition de résolution (PPR) vise à « approuve[r] la définition opérationnelle de l’antisémitisme utilisée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste, en tant qu’instrument d’orientation utile en matière d’éducation et de formation et afin de soutenir les autorités judiciaires et répressives dans les efforts qu’elles déploient pour détecter et poursuivre les attaques antisémites de manière plus efficiente et plus efficace ».

Cette PPR s’inscrit dans la continuité de l’endossement officiel par la France (lors du discours du Président de la République le 20 février 2019 lors du dîner du CRIF) de la définition de travail de l’antisémitisme par l’IHRA. Cette définition ainsi que la PPR ne sont pas juridiquement contraignantes; elles garantissent également la liberté d’expression, notamment  les critiques à l’égard des politiques menées par l’État d’Israël (voir « Repères et éléments de compréhension à propos de la définition de travail de l’antisémitisme » publiés sur le site du gouvernement français en mars 2019).

La Plateforme des ONG Françaises pour la Palestine (PFP)

PFP est une organisation parapluie française regroupant une quarantaine d’organisations s’impliquant à divers degrés dans le conflit israélo-arabe. Certains de ses membres tels que l’Association France Palestine Solidarité (AFPS), l’Union Juive Française pour la Paix (UJFP) et l’Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine sont actifs dans les campagnes de boycott contre l’État d’Israël; le boycott et son appel étant interdits et punis par la loi en France.1 Depuis 2001, PFP est d’ailleurs présidée par un ou une responsable de l’AFPS.

Au-delà de ses activités et de ses publications, pour la plupart politisées, certaines s’inscrivant dans les campagnes discriminatoires BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), PFP qui rapporte être « soutenue par l’Agence Française de Développement (AFD) » sans toutefois publier ses rapports annuels, affirme « travailler systématiquement en direction des élus »  et mener un travail de pression auprès des élus et du gouvernement. En ce sens et de manière plus surprenante, la fiche de communication du projet « Mieux agir pour le respect du droit en Palestine » (2014-2017) publiée par l’AFD indique qu’un des indicateurs d’impact du projet est l’« augmentation du nombre de questions posées au gouvernement sur la situation en Palestine ».

Selon des documents de l’AFD, l’établissement public rapporte plusieurs subventions octroyées à PFP ces dernières années: 270,000 euros de 2017 à 2020, 225,000 euros de 2014 à 2017, 199,000 euros de 2011 à 2014 et 46,560 euros en 2009. Dans son communiqué du mois de juin 2017 annonçant l’octroi d’un financement, l’AFD affirme que PFP « apporte les éléments d’analyse, politique et juridique, nécessaires à la bonne compréhension de la situation ».

Implication de PFP contre la proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme

En 2019, PFP  a adressé deux courriers2 au Président de la République et un au Premier ministre contre la « proposition de résolution visant à lutter contre l’antisémitisme ».

Le dernier courrier, datant du 2 juillet 2019, enjoignait le Président de la République « de ne pas répondre aux sollicitations des individus et institutions qui souhaiteraient avancer l’examen de la résolution n°1952, de ne pas poursuivre l’application de ladite ‘définition de travail de l’IHRA’ et de vous abstenir de l’adopter formellement ».

Pourtant, dès le 21 mars 2019, le Directeur de Cabinet du Président de la République, dans une réponse officielle adressée au Président de PFP déclarait:

« Le Chef de l’Etat a annoncé que la France mettrait en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’alliance internationale pour la mémoire de la Shoah. Comme il a tenu à la préciser, il ne s’agit ni de modifier notre code pénal, ni d’empêcher ceux qui veulent critiquer la politique israélienne de le faire. La position française s’agissant de la situation au Proche-Orient et de la nécessité d’une solution à deux Etats est, par ailleurs, constante et connue.

A travers cette mise en œuvre, Monsieur Emmanuel MACRON porte, en revanche, l’ambition résolue de préciser et raffermir les pratiques de nos forces de l’ordre, de nos magistrats, de nos enseignants, de leur permettre de mieux lutter contre ceux qui cachent derrière le rejet d’Israël la négation même de l’existence de ce pays, derrière la contestation d’un Etat la haine de l’autre en raison de sa religion ».

De plus, Le 31 octobre 2019, PFP a cosigné aux côtés de plusieurs de ses membres tels que l’AFPS, l’UJFP, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Pax Christi France et le Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples (MRAP) une  lettre ouverte aux députés membres de la Conférence des Présidents de l’Assemblée nationale demandant « aux députés français le retrait de la résolution Maillard ».

Dans le but d’accentuer la pression sur les députés par le public, PFP a publié un exemple de courrier à être envoyé aux députés ayant pour but de les « alerter sur la proposition de résolution n°2403 visant à lutter contre l’antisémitisme ».

En parallèle de ses courriers aux plus hautes autorités de l’Etat, PFP a publié au mois d’octobre 2019 la brochure Les dangers de la « Proposition De Résolution Maillard » diffusée par plusieurs de ses membres dans laquelle l’association appelle les députés à  «  écarter fermement une telle proposition :

  • tant qu’elle maintiendrait dans son exposé des motifs la référence à un antisionisme largement fantasmé ;
  • tant qu’elle n’exclurait pas de manière explicite les ‘ exemples ‘ censés illustrer la ‘ définition IHRA ‘» (mentions en gras ajoutées).

Pour rappel, le Président de la République avait déclaré le 20 février 2019: « Qui ne voit pas que l’antisémitisme se cache de plus en plus sous le masque de l’antisionisme ? L’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme ».

A l’approche du vote de la proposition de résolution qui devrait avoir lieu le 3 décembre 2019, PFP a publié le document adressé aux députés: « 3 raisons pour lesquelles les député·e·s doivent s’opposer à la proposition de résolution n°2403 présentée par Sylvain Maillard le 3 décembre 2019 ». PFP a aussi partagé l’appel du Collectif National  pour une Paix Juste et Durable en Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI) à manifester devant l’Assemblée nationale le 2 décembre contre la PPR visant à lutter contre l’antisémitisme.

Source: https://twitter.com/PFPalestine/status/1197094606325919744

Source: https://twitter.com/PFPalestine/status/1199393150017638409

En plus de la Plateforme des ONG Françaises pour la Palestine, d’autres associations souvent membres de PFP mènent un travail de pression contre la PPR visant à lutter contre l’antisémitisme. Voici deux exemples sélectionnés:

L’Association France Palestine Solidarité (AFPS)

L’AFPS est une organisation membre de PFP qui légitime la lutte armée3 contre Israël et exige que « l’Union européenne doit rayer [le] Hamas et [le] FPLP de sa liste des organisations terroristes ». De plus l’AFPS déclare faire des campagnes discriminatoires BDS un de ses « principaux moyens d’action » et considère le boycott culturel, universitaire et sportif comme « légitime et important ». C’est ainsi qu’en 2019, l’AFPS a participé « à la campagne internationale pour que le concours de l’Eurovision 2019 ne se passe pas en Israël et dans tous les cas que la France n’y participe pas ».

L’AFPS a été conviée le 27 novembre à participer à une table ronde à l’Assemblée nationale au sujet de la PPR contre l’antisémitisme.4 De plus, L’AFPS est signataire de l’appel à manifester du CNPJDPI devant l’Assemblée national le 2 décembre contre la PPR Maillard.

Le 21 février 2019, l’AFPS a publié le communiqué de presse « Aux ordres d’Israël, Macron a choisi de diviser la France » dans lequel l’association qualifie de « lamentable » le discours du président de la République au dîner du CRIF et de « journée noire pour notre République » l’endossement officiel par la France la définition de travail de l’antisémitisme élaborée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA).

Depuis 2012 au moins, l’AFPS est partenaire de l’AFD dans la mise en œuvre de projets agricoles.  Cela alors que l’AFPS déclare que son « objectif est toujours politique » en ce qui concerne les projets qu’elle soutient en Cisjordanie et à Gaza. Ainsi, entre 2012 et 2020, l’AFPS a perçu quelques 460,000 euros de subventions publiques la part de l’AFD.

Union Juive Français pour la Paix (UJFP)

Le 20 novembre 2019, Michèle Sibony, la Porte-parole de l’UJFP s’est adressée aux députés dans une relayée une vidéo par PFP au sujet de la résolution Maillard et a insinué que cette résolution était antisémite. Pour Sibony, cette résolution différencie les juifs dans la lutte de l’État contre le racisme: « Il n’est pas question d’isoler les juifs et de les désigner de cette manière-là, ça c’est dangereux pour les juifs, ça c’est un peu antisémite ».

Source: https://www.facebook.com/plateformeongfrancaises/posts/2544744372308304?__xts__%5B0%5D=68.ARA-_ZqwdqVtK-Av7fsPDEIdrsBeXhuNZau5Azr4Elrxe5ezjUattqJWw3WfLWyW9vIGW7cNXfaPlyQrNuD1eRTaF3RQJzJouxCes6S5zkRrpkZqqvJZrhTldJ3n516VHU45XiZfT4pbYsdsqnCE9UJsnX7dQtz93glY5XznlTUrNJGQaEo5aYCEL55dfomLWgs6wuzay1Fb6AGQIsqh-PDhWW5XVAMZZ2wBoZbWc9hzPx3W_Z22CC8w9WnIUaz3IgHBZuzmgud8WpAFpXOgKwYa09WqFLjhKL5YGph28R3Xy_YdALo2lQBctkPPoE9phRRFwQtRiY38BDJTB7idq6xYN57LUP5bFM5jmJG05l6LZg&__tn__=-R

Le 14 juin 2019, dans une lettre adressée aux députés et relayée par PFP, l’UJFP a critiqué le fait que la résolution s’oppose à la remise en cause de  «’ l’existence d’un État juif ‘, ce qui revient à nier la caractérisation d’apartheid qui qualifie la politique de cet État ». Pour l’UJFP, « la critique de l’État d’Israël ne peut se limiter à la critique de la politique actuelle du gouvernement Netanyahou, fuite en avant raciste instituant l’apartheid. La logique des discriminations faisant des Palestiniens des habitants de seconde zone dans leur propre pays est pratiquée dès la proclamation unilatérale de l’État israélien en 1948. Il n’y aura pas de paix durable possible dans cette région du monde tant que les Israéliens ne reconnaîtront pas la Nakba (l’exode forcé de plus de 700.000 palestiniens non-juifs du territoire qui devint Israël en 1948) comme un crime fondateur et que le droit à réparations (y compris le droit au retour) ne sera pas ouvert ».

L’UJFP est active dans les campagnes discriminatoires de boycott  en France. L’organisation est signataire de la campagne BDS France et sert aussi de canal de financement de cette campagne.

En 2017, l’UJFP avait produit à l’aide de subventions publiques des clips antisionistes et accusant la France de « racisme d’État ». Suite à une enquête conjointe Causeur et NGO Monitor, une procédure de recouvrement de la subvention a été engagée par les services de l’État.